
«Vendetta» : une satire détonante du monde de la
finance
par Anne-Diandra Louarn Journaliste, Le Figaro.fr
http://plus.lefigaro.fr/note/vendetta-une-satire-detonante-du-monde-de-la-finance-20101015-306621
THÉATRE - «Vendetta»
est une pièce très actuelle qui traite de corruption et de
relations humaines sur fond de crise économique, le tout de façon
sarcastique. Elle se joue du 16 septembre jusqu'au 31 décembre à la
Comedia (Paris XI).
Une intrigue familiale articulée
autour du monde de la finance
L'ambitieux Michel Adgio est un banquier
prospère aux pratiques qui ne sont pas sans rappeler des Bernie
Madoff ou des Jérôme Kerviel. Directeur de la Federation Business
Challenger International Bank, il est également marié à l'unique
héritière de cet empire financier, Suzanne du Marchand, typique
citadine bourgeoise et coincée.
Alors que Michel emmène Suzanne dîner à la
Casa Nostra, ils sont pris en otage par le patron du restaurant qui
n'est autre que le frère caché de Michel, Victor Vendetta, parrain
de la pègre sicilienne. Mafieux ruiné par les mauvais
investissements de Michel, Victor est prêt à tout pour que son
blanchisseur de frère rembourse sa dette. Michel est alors
contraint de braquer sa propre banque qui doit recevoir dans les
prochains jours les 35 milliards du plan de relance de
l'État.
«Vendetta est à la fois une comédie
cynique et un témoignage de notre époque. Le langage est moderne,
cru et sans concession. Je ne recherche pas l'éclat de rire mais
plutôt l'attention et l'écoute», explique Luis Tamayo, metteur en
scène.
De répliques fracassantes en monologues
brillants, «Vendetta» convainc avant tout par ses textes
tragi-comiques tout simplement excellents.
«Tout comme Genet et Molière, mes auteurs
de chevet, je suis surtout attaché aux caractères, aux
personnages, aux drames de leur langage», souligne Luis
Tamayo.
Des personnages surprenants de
complexité
Alors qu'on ne voit d'abord que le côté
cliché de leurs personnalités exacerbées, chacun des personnages de
«Vendetta» se montre en fait multi-facettes et tout en profondeur.
Ils ont tous une histoire et un rôle capital pour le dénouement de
l'intrigue, à l'image du personnage d'Eva, assistante enchaînée à
Victor que l'on croit insignifiante. «Tous les personnages ont des
nœuds. Ils évoluent au sein d'une histoire qui possède de
nombreux recoupements et des quiproquos», décrit Isabelle Leloup,
l'interprète d'Eva.
Déchiré entre ses deux identités de
mafieux et de banquier respectable, Michel Agdio incarne
parfaitement la dualité et la complexité des personnages de la
pièce. Il s'abrite derrière des «je ne suis qu'un banquier, I do my
job» pour justifier de ses actes. Mais ce qu'il souhaite avant tout
c'est conserver le fragile équilibre de sa vie rêvée. «Je suis un
trader, plus un looser», répète-t-il sans cesse.
«Je me suis inspiré de personnes que je
connais ou ai connu. Des personnes arrogantes, qui veulent
absolument briller et qui n'ont peur de rien. Mais au final Michel
n'est pas si solide que ça et l'échec le rend plus humain. Je pense
qu'une des forces de la pièce c'est de montrer le pouvoir de
l'argent et ses conséquences désastreuses sur les relations
humaines», raconte Alain de Catuelan, interprète de Michel
Adgio.
Parce qu'ils sont tout en subtilités, on
finit par s'attacher à chacune des personnalités qui compose
Vendetta. Ils tissent ensemble une satire cocasse du monde de la
finance, dépeinte avec humanité et sans jargon indigeste en
prime !
Anne-Diandra
Louarn
Commentaires